mardi 29 septembre 2026

Luther - Shelf (2026)


Nuit de mi-septembre 2026, on suffoque encore sous les journées écrasantes de chaleur, humeur grise. En slip sur le canapé, le coeur farci d’amertume, je me bute lentement au goulot, j’écoute des disques, je mate des films, un peu au hasard, dehors c’est la guerre. Je veux dire, il nous reste peu de temps. J’ai pas assez de doigts pour écrire tout ce qui me traverse la tête, j’empêcherai pas la fin du monde (humain) tant pis. C’est par pure inadvertance que je me retrouve à scroller sur mon tél. Je pousse un cri de surprise : Luther vient de sortir un album, là, y’a environ 40 minutes. Je suis trop bourrée pour comprendre le titre, et je me dis d’abord que c’est un mixe entre self et shell, la pochette me fascine, je la fixe pendant 10 bonne minutes, sans vraiment comprendre ce que je vois, et ça s’arrange pas à l’écoute du premier morceau, dog, j’ai l’impression que le passé présent futur se mélangent et que le rappeur est avec moi sur le canapé ; doucement, il recouvre mes oreilles en crachant ses mots sucrés aromatisés tabac, tout se met à renaître et tourbillonne, le croissant de lune fait des galipettes, je sais pas si tu te rends compte, j’ai l’impression de n’avoir jamais rien entendu de pareil, et pourtant Dieu sait que je tends l’oreille depuis la création du Son - 

“tout à goût d’poussière, tout à goût d’médicament”

il casse sa voix quelques lignes plus tard, lorsqu’il parle d’Elle, 

je suis sur le qui-vive, en embuscade, prête à te sauter à la gorge pour pas grand chose. Et t’as ce disque sorti de nul part qui m’apaise comme une soirée adolescente sous les étoiles, je sors mon carnet et me met à gribouiller des trucs, moi aussi, je crache de la mousse, moi aussi j’ai envie de déployer une réflexion qui tienne la route, comme ce disque. 

Un disque immatériel et beau à en crever, comme un souvenir. Une vérité infrangible me tape doucement sur l’épaule : tout le monde a été jeune. Le mec a juste envie de faire un disque Monde - et parce que lever les yeux au Ciel n’est pas sans danger, jeter un regard en arrière a tout d’une partie de roulette russe. Mais que dire de ceux qui ne se souviennent plus ? Sortir un album de cette trempe, c’est s’assurer de ne pas disparaître. 

L’air est doux ce soir.





jeudi 10 septembre 2026

LinLin - DISCO INFERNO

Elle a les crocs plus émoussés qu’un glaive, ça mord direct pleine chair / sa langue manie les mots comme une Reine manie ses sujets. Le genre de Reine qui part au combat et joue des coudes pour se faire respecter; de celles pour qui je pose genou à terre sans sourciller. 


Cet album, sorti de NUL PART, a l’insolence des bêtes qui filent chasser dans la pénombre, la diversité musicale en prime, le poil luisant de cohérence et d’envie de raconter. 


Les agonies, les luttes, elle écrase tout sur son passage à l’aide d’instrus électro french touch de la belle époque là, quand elles ne tirent pas du côté de l’Afro trap.


je me régale de bout en bout, regarde ! une infatigable croisade contre le Temps !


Je me sens bien, drapée de sa toison d’Or liquide, une demi-heure durant. Le goulot fétide de ma bière entre les lèvres, je me dis que vous pouvez tous ranger vos pieux et vos gousses d’ail. Elle nous a conviées dans son Royaume, à sa table et c’est son festin, la démence naturelle comme majordome, les pieds baignant dans une flaque de molars. Deux cornes monstrueuses me poussent dans le crâne, Impératrice ! tu nous mènes où bon te semble, meute ahurie et fidèle à jamais dans ton sillage. 


Et lorsque le soleil reprendra ses droits, j’irai mourir sous ses rayons en fredonnant tes morceaux.








lundi 17 août 2026

Russian Circles - Gnosis

 

    Des mouches gluantes de pâté (pour chat) vrombissent entre les bouteilles, les canettes et les emballages vides qui jonchent la table, le plan de travail et l’évier de la cuisine. 

Ça fait des jours que le bordel s’étend, permettant au chaos de gagner du terrain de manière inquiétante. Tout le monde se contrefout du bois couvert de croûtes, des miettes pourrissantes qui attirent des escadrons d’insectes voraces, de l’eau stagnante qui, à défaut d’être épongée, s’infiltre lentement, rongeant et bousillant les surfaces. 

‘On n’est pas sérieux quand on a 17 ans’, on ne l’est pas non plus quand on a 30.

Et à 40 ? 

Ta gueule.


Une conversation désordonnée entre les deux chats attire mon attention. Citrouille a la queue en pétard des jours goût de guerre, KitKat les griffes plantées dans un tapis; toutes deux se toisent en crachotant, je leur adresse quelques mots, Citrouille hausse ses épaules touffues et sort par la véranda. 


Dehors, c’est un matin tranquille où l’air étouffe les bruits. En sortant sur le porche, j’ai machinalement attrapé une canette de bière dans le frigo que j’ai ouverte en en foutant partout. Les chats lécheront. 



Je t’ai vue mourir de nombreuses fois, te suppliant de ne pas t’enfoncer dans les marécages de l’oubli - tu n’en fais qu’à ta tête. 


Me laisseras-tu une place dans ton Royaume ?


Je me coltine une arrogance loyale depuis toujours, je l’aime bien, je refuse de m’en débarrasser. On peut apprendre à périr, je te jure, mais on ne peut pas apprendre à désaimer.


en fait : 


J’ai peur de te survivre. 





L’album de Russian Circles offre un voyage chaotique néanmoins maîtrisé (tiens tiens…), mais je crois que je veux plus que ça. 

lundi 15 juin 2026

Aphex Twin - Flim


Oh purée, ce son a 29 ans ? 

au moins. 

C'est marrant, il est sorti le 6 Octobre 1997.


(je suis nulle en maths, mais c'est le jour de mon anniversaire.)





C'est canon, hin ? :) 


Je n'ai toujours pas écouté le dernier album des Boards, ça me parait fou. Je ne sais pas trop ce que j'attends. 




mardi 9 juin 2026

ONEOHTRIX POINT NEVER - I BITE THROUGH IT

Du haut d’une montagne d’instruments désaccordés, un loup gueule à la Mort. 

Sa plainte est de métal, ses souffrances, bien réelles, lui perforent les poumons.

Une armée de chênes désabusés absorbe l’écho du corps qui se tend et se recroqueville parmi les cadavres aux dents creuses, obsédant bordel. 

D’une vie sur le point de chavirer, il faut prendre appui – 

Que restera-t-il de nos souvenirs après que la dernière note se soit évanouie entre les étoiles? 
Les astres se mettront-ils à chialer? Probablement pas. Nous ne sommes que des bâtons de poussière, irrigués par quelques litres d’un nectar volatile, incapables de nous sauver . 

Le Néant, juché sur son trône en cristal, ne nous quitte pas des yeux. On a beau lever les bras, frapper le sol de nos jambes décharnées pour tenter d’accrocher le rythme, toute résistance est inutile. Les soirées mémorables ont toutes une fin. 
Tragique et décalée, d’ailleurs. 
Ne sont-ils pas idiots, ces troupeaux de fêtards, à trainer leur carcasse puante sur les parkings, aux premiers soupirs de l’Aube, l’organisme en manque de came, leurs yeux vitreux d’avoir trop dansé, vibrant sans cesse, à la recherche d’une ultime dragée interdite? 

Que reste-t-il de ces deux êtres, qui toute la nuit, se sont enlacés? 

Un synthé solitaire balaye leur romance en une portée, y’a plus qu’à rentrer seul, le visage sale, l’esprit embrouillé, ou ne pas rentrer du tout, et se coucher en chien de fusil, tel un bâtard aux longues oreilles tristes, tout contre le bitume. 


à quoi bon persister? 

S’attacher à un corps transi, pour la délicatesse de ses courbes et son odeur… tu l’aimeras toujours, dans 120 piges, quand il ne sera que lambeaux dégueulasses, abandonné sous terre, habité par les vers? 
Le poids du Temps se fait trop lourd, la balance est fêlée. D’une craquelure plus profonde qu’une autre se hisse maladroitement une bribe de voix parasitée, son chant sème la Terreur parmi les goules au teint crayeux. Elles s’éparpillent en glapissant, l’échine déchirée à grands coups de désespoir, les yeux révulsés par un passé maudit. 
La plus grande d’entre elles passe un doigt décharné sous sa paupière, afin d’en recueillir une goutte vermeille. 
Ses pieds cessent de s’agiter. 
Elle stoppe sa course sans fin au pied d’un char couvert de mousse. 

Éreintée, elle se laisse tomber à terre, bruit sec d’os pourris qui se brisent, un nuage verdâtre encadre sa carcasse, quelques mouches vrombissantes, excédées par tant d’audace, décollent de leurs perchoirs. 

Le morceau touche à sa fin, la goule le sait. Ce qu’il reste de ses yeux, brille d’un éclat nouveau. Verts sont ses iris, autrefois complimentés, deux trous sans fond, qui roulent en gémissant. 

L’album d’Oneohtrix Point Never sort en novembre : l’espoir s’est bel et bien noyé dans un souvenir, rongé par le froid. Avec ce premier morceau, il signe la fin d’un Monde qui fait écho à la perte de l’être cher que l’on ne pourra plus jamais prendre dans ses bras. 

Alors, dis-moi, prophète des Temps Perdus, comment je fais, à présent?  




(C'est un vieil article, qui date de 2015 )

IDEAL SPLEEN

Loin de toi, je m’autorise à rêver, de nouveau. C’est ta silhouette qui renaît indéfiniment derrière mes paupières, nos mains s’entrelacent et fondent, éclaboussant l’univers et ses étoiles bouillantes. Toi qui revêts multiples peaux, et qui rêvaient à mille formes, promets-moi de te montrer moins amère lorsque je me réincarnerai en somptueux renard ; je porterai notre progéniture de renardeaux à même le dos, protégés par une forêt dense et fruitée, d’une infinie tendresse.

En attendant, je suis ici. Une femme, assise en face de moi, m’agace.
Elle se fatigue les nerfs sur de la mauvaise littérature, la pauvre. J’aimerais pas être dans son lit, entre les draps craquants et secs. La brume, dehors, tombe droit comme un rideau. Elle a perdu de sa candeur évanescente et coule cash, blasée, engloutissant bêtement le paysage, lointain souvenir. L’intérieur de mon crâne appuie ses vieux os contre mes rêves, de moins en moins doux. Tout se disloque et meurt, malheur à celui qui oublie de sauvegarder

Un homme sans visage (peut-on réellement dire que c’est un homme ? vaste question… Un veston noir, comme ses larges épaules, déborde sur son pantalon sans pli, râpé aux genoux) m’étudie à l’aide de ses deux mains, parcourant mon corps comme un antique chercher d’or fouillerait la terre de ses doigts durs, c’est ce contraste des textures qui me rend dingue, le contrôle s’impose et descend le long de mon ventre, il pose son semblant de gueule triste contre ma raison folle, relâchement de mes sens, j’emprisonne son dos de toute la lâcheté de mes deux bras.

Forgeons ! Ensemble

une ère nouvelle, gouvernée par les ouvertures, libre de royalement s’écrabouiller la gueule contre des coeurs de nacre, des croupes d’ébène, soutenons la masse grouillante et léchons toutes les âmes pleines ; à corps perdu je me jette dans la bataille, si ce que je ressens est chimère Pure eh bien TA MERE, je dompterai les éléments.
Sous l’urne bafouée, une poignée de Losers grelottent en tapotant fébrilement leur smartphone. L’un d’eux a un bout de bois de verre dans l’oeil, le liquide chaud et pourpre glisse abondamment sur son visage. Plus tôt dans la matinée, il s’est battu avec son père mort, qui n’avait pas les mêmes idées que lui. L’Ancien lui a collé son poing dans la figure, brisant ses lunettes, qui, en se défragmentant, ont pénétré mollement son globe, à la manière d’un couteau aspiré par une brique de beurre fondant.
La diversité de nos flux, c’est là tout l’intérêt de notre existence. Je suis dans tes bras parce que tu as capturé mon ombre, qui s’est mélangée à la tienne, comme une naissance, et je t’en remercie.

Tous rêvent à la plus grosse part – certains d’entre eux dans l’idée de la partager, j’espère. J’vous aime et vous déteste ! parce que vous m’avez remarquée.
j’agite bêtement mon corps et me surprends à croire, au rythme dingue d’une sérénade dorée, qu’il existe quelque part une femme belle, pour me dompter.
Les guitares du temps transcendent la mesure; je n’ai plus que mes dents, pour battre la brisure et je me noie, me noie dans le miasme de nos élucubrations… steuplé madame, accepte ma présence, je soutiendrai ton âme jusqu’à la mort, jte JURE ! n’étrangle pas trop, les opprimés. C’est toi, c’est toi qui tous les jours me brûle, avec ta verve, tes obsessions, par delà les nuages, j’entrevois l’alter-réalité. Et ça me plaît, t’entends ?

Oui ça me plaisait.

Tu m’as enseigné l’extase, j’ai jeté la patience, elle gît aux pieds d’un arbre triste, pas loin du tombeau d’une grande Reine oubliée. Tu voudrais bien m’accompagner encore un peu ? Toi qui nourris mon âme et la guide à travers ces Ténèbres glissantes, je ne te duperai point, au contraire.
La route n’a plus vraiment de début, demain est dépassé depuis des lustres.
Un peu de calme, à l’intérieur d’une petite cabane en bois, nous fait du bien.
Un chat, rond et joyeux, nous inonde de câlins.



(c'est un viiiieux texte qui date de 2018) 

URBAN BLUES

Oui, je devrais laisser ton souvenir de côté pour une vie plus noble, une vie facile et ouatée. Pourtant, j’ai les mains qui attrapent deux/trois pinceaux qui traînent, le poil hirsute comme les lionnes endormies, pour tenter, une fois encore, de te peindre. Je me penche par-dessus ton épaule et me cogne le front au violon que tu brandis pour m’éloigner. Bah, tant pis, je te vénérerai seule dans mon coin, les paumes taillées par la jungle. TAXI ! jette-moi au centre ville, ici j’étouffe, je veux que le tumulte de la ville m’électrifie, me démembre et m’avale, puis recrache mes os sur le trottoir. Mieux vaut crever au centre de tout de manière anonyme, qu’à l’aube du dernier rêve tiède roulé en boule dans son lit. Mon château de cartes se prend un coup de patte de chat, y’a le parquet qui se marre, je saigne du nez. Bordel ! Qu’on me file une couronne, j’ai cassé ma canine sur une fève en plomb, je peux coincer mes clopes dans le trou et souffler la fumée par là, on dirait un dragon.

Tout l’album déchire mais je crois que le point d’orgue est atteint sur la track 4, Why Can’t I Fly, parce que j’me pose la même putain de question, ça vaudrait tellement plus le coup.



Luther - Shelf (2026)

Nuit de mi-septembre 2026, on suffoque encore sous les journées écrasantes de chaleur, humeur grise. En slip sur le canapé, le coeur farci d...