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mardi 17 février 2015

Blue Train

John Coltrane - 1957


Les bouffeurs d'herbe, indisciplinés et braillards, piétinent les carreaux froids du corridor. Je me suis planqué en salle 103, sax à la main. L'instrument fatigué a l'anche qui bave.. j'attends, les yeux rivés sur la porte. Un bestiau toqué renifle la poignée, je l'entends gratter le sol. Les sabots ébènes du monstre perdent patience, s'usant avec férocité. D'un mouvement félin, j'opère un repli stratégique derrière le piano, collant mon dos en sueur contre le corps en bois de hêtre, qui s'empresse de me murmurer à l'oreille de bien sombres présages.
La porte craque et cède à un claquement de corne ultra violent, je perçois les tremblements de peur d'mon saxophone entre mes doigts; la bête immonde prend tout son temps, savourant sa victoire, et pénètre dans la pièce d'un pas étonnamment léger. Une cymbale m'offre son reflet , un haut-le-corps incontrôlable agite mon squelette, je trouille! À une poignée de centimètres du piano , le monstre s'arrête, collant sa truffe au sol, soufflant comme un beau diable.
J'approche l'anche de mes lèvres sèches et souffle dans l'instrument. Que fanfaronne la mélodie! Sûre d'elle, la voilà qui chatouille les genoux de la bête, tirant sur ses moustaches et sur sa queue. Muée par l'énergie du désespoir, rien ne semble pouvoir l'arrêter : elle s'en prend aux tables, aux fenêtres, aux autres instruments endormis. Du pied je marque le tempo en me mettant debout. J'ose enfin affronter mon adversaire de face, je fixe ses prunelles tout en jouant. Maître suprême de l'atmosphère, j'enchante les êtres et entités . Au contact des morceaux fiévreux qui s’enchaînent, mon pouvoir grandit, dévorant goulûment la bête, pétrifiée par l'horreur. Comme un relent mélancolique, de rêves depuis longtemps effacés.

La fin du disque sonne comme une cloche de ring. Et ce combat nous laisse groggy , la bouche ouverte, les doigts caressant l'instrument imaginaire de Trane, dont les ondulations parfaites nous ont traversés , il y a quelques instants.. Et, tout comme la basse, le disque reste, immuable, dans nos veines enivrées d'un nectar mélancolique de choix, dont les vapeurs sucrées invitent à l'Aventure.

mardi 23 décembre 2014

CHROMB! - II

(2014)




Pendu par l'oreille au pot d’échappement d'une vieille R5, Teddy l'ourson racle son arrière-train douillet contre le bitume, affolé par la quantité astronomique de gaz d’échappement qu'il ingurgite. Il a beau agiter ses petites pattes rembourrées en tous sens, la voiture ne décélère pas. Désespéré, l'ourson tente de saisir quelques gravillons au vol, amères postillons crachés par l'hostile chaussée -en voilà un!! Les larmes aux yeux, Teddy commence à trancher son oreille afin de se libérer, les coutures cèdent sous l'effort, encore un fil ou deux ....


Le voilà qui tourbillonne en l'air quelques instants 
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retombe truffe la première dans l'herbe sale du bord de la route. 

Orphelin d'une oreille, Teddy inspecte le reste de son petit corps en peluche, tâtant son dos à la recherche d'éventuels égratignures.. Juste au dessus de sa fesse droite, un trou. Il enfourne comme il peut le rembourrage qui s'en échappe et se met en route, coupant à travers champs, s'éloignant le plus possible de cette autoroute de l'Enfer.


Les heures de marche épuisent l'ourson. Il se laisse tomber au pied d'un arbre centenaire, pose sa nuque contre le tronc raboteux , s'accordant quelques instants d'un repos bien mérité.



Le voilà tiré de son sommeil agité par le ricanement d'un saxophone sans-gêne, collé de près par une basse aux cordes lascives qui penche son manche à quelques centimètres du museau apeuré de Teddy. De la cime de l'arbre dégringole une mélodie folle, tout juste échappée d'un clavier maboul, l'épaisse cacophonie enveloppe l'ourson , l'obligeant à danser. Les instruments rigolent, la batterie éclate ses baguettes contre les racines de l'arbre excédé, des écureuils siphonnés du gland grignotent avec une frénésie carrément démoniaque les épaisses branches du vieux feuillus; Teddy, enivré par la musique, virevolte de droite à gauche, balloté, malmené, bercé, il ne sait plus où donner de la tête...

La fin de l'album est proche , mais c'est dans les dernières secondes que se déchainent, au-delà du possible, le rythme et les musiciens. Dans un ultime élan provocateur, le groupe envoie valser le réel , conscient du choc -délicieux- occasionné.



C'est d'un pas légèrement groggy qu'l'Ourson reprend sa route , avide d'autres aventures du genre.

dimanche 21 octobre 2012

Que le Jazz l'emporte

L'air est frais, la cendre froide
le type maigrichon cherche ses cigarettes
se cogne l'orteil contre un fauteuil défoncé,
boitille jusqu'au tourne-disque
enfonce


se laisse emporter...


Le diamant quitte les sillons,
le silence réapparaît,
les oreilles du type vibrent encore,
il enchaîne avec :





Une jolie fille fait sonner son téléphone, juste 
quand les dernières notes s'évanouissent. 
Bon. Le temps qu'elle arrive, 
il a largement de quoi écouter : 


Aphex Twin - Flim

Oh purée, ce son a 29 ans ?  au moins.  C'est marrant, il est sorti le 6 Octobre 1997. (je suis nulle en maths, mais c'est le jour...