Les voix angéliques déstructurées me font fondre. Fall
en est gorgé jusqu'au sommet de la plus haute tour, qu'on entraperçoit
en arrière-plan, gommée par la stupeur bleue d'un brouillard perpétuel. ça y'est, je replonge. Oh ce que je ne donnerais pas pour l'oublier! ça fait des semaines que j'essaye, question de vie ou de mort, et pourtant...
Je
m'adresse alors à l'inconnue aux cheveux sombres aperçue quelques fois
dans mes rêves d'antan. Manifeste-toi, qu'on plonge vers l'avant!!
De la lessive au bout du pouce, suçotée par deux lèvres sèches et la pointe d'une langue crevée des repas de fête,
"C'est un beau jour pour mourir" songe-t-elle.
La
couette, remontée jusqu'au front, entrave sa respiration. Prévoit-elle
d'arrêter totalement cet effort? Ses cheveux longs et gras, éparpillés
en serpentins malodorants tout autour de son crâne lui chuchotent de
drôles de choses, quant aux pointes , trempées de larmes, elles lui
lacèrent le cou et le menton. Sur le coussin d'à côté, git son
téléphone. Il lui reste peu de batterie, tant pis, elle le soulève à
hauteur de ses yeux et navigue maladroitement sur un site musical, sans
conviction.
Mais, au détour d'une immense liste en forme de
journal-musical d'un autre utilisateur, son regard est attiré par
l'image figée d'une vidéo. Son pouce s'écrase sur le triangle
horizontal, le morceau commence, les Ténèbres prennent peur et
déguerpissent sans bruit.
La vidéo miracle est celle d' マッチ売りの少女 (la dernière track de l'album)
charme frontal, sans compromis. Souple
et délicate, la chanteuse évolue à la manière d'un ange vaporeux,
modifiant l'atmosphère des espaces qu'elle traverse par de simples
éclaboussures de voix savamment distillées. En parfaite symbiose, les
instrus s'autorisent quelques cabrioles, à l'image du saxophone
bondissant qui débarque à 1:10, sous la douche avec elle, l'embouchure
mousseuse contre ses omoplates, irrésistible.
Le break hip hop àlamode
ne dérange pas la jeune fille. Au contraire, ça lui colle un sourire malicieux au
coin des lèvres, d'un geste rapide, elle redescend la couette sur son
ventre et commence à se trémousser légèrement.
Et l'album, que vaut-il?
Il
est de la même trempe : décalé, soigné, improbable et généreux. À son
écoute, elle a l'impression de mordre dans une part de tarte gazeuse et
rebondie, qui promptement réchauffe le ventre, un peu comme l'artwork
arc-en-ciel imprimé sur la boite du cd. Les morceaux ont du chien et
n'hésitent pas à filer des coups de dents alentours, la queue
frétillante et les babines humides de plaisir.
Apaisée, la jeune fille
s'est endormie au beau milieu de la deuxième écoute, reconnaissante pour
l'éternité de cette découverte qui lui aura redonné espoir.
Les plus folles-canons-délicieuses pochettes de cette année.
Dorothy en route pour le fantastique pays d'OZ
Cet homme au regard dense semble sur le point de dire quelque chose. C'est à voix basse qu'il lâchera une poignée des mots feutrés, noircis de mélancolie, qui iront se fracasser sur les contours de la pochette. superbe
manque plus que la petite giclure de miel sur le bout de la truffe.
L’élastique qui se tend entre tes doigts exquis me rappelle un jeu de mon enfance, abandonné depuis trop longtemps. Une partie?
(en bas, en rouge, les liens :) ) Adderall/ Sold (outerlude) - Dawn Richard
je fonds pour les tracks "2 en 1" . Les paroles de la première partie, couplées au rythme fou de la deuxième m'aspirent et me caressent, me laissant une traînée de plaisir le long de ma colonne. truc de fou!
To Live and Die in Grantham - Clark
la gueule en vrac d'avoir trop consommé, l'estomac vide depuis des jours , l'ombre du mec déambule sous les rayons du matin, pressé d'en finir avec l'aurore. montée désespérée venue des limbes qui se taille un passage à gros coups de synthés étranglés.
Rewind - Kelela
L'EP a beau m'avoir déçue, cette track, par contre, je suis pas prête de la laisser moisir. Rien que pour l'instru, aquamystique, qui se déploie en douce sous une couche de brume laiteuse, j'offre la moitié des cd achetés cette année au premier péquin venu. Pour le passage à 2:30, je vends mon âme. Vous êtes prévenus!
Jackrabbit - San Fermin
petit lapin, pourquoi fuis-tu?
Borders - M.I.A.
Quand le RnB fait l'amour au Reggae sur un matelas portés par 2 éléphants gorgés de lave et sirupeux, M.I.A brule tout sur son passage.
Stoke the Fire - Darkstar
paumé entre une poignée de tracks chiantes comme la mort, Stoke the Fire hisse sa simplicité catchy en quelques coups de canifs bien placés. En plus, je trouve le clip génial.
Sodawaltz - Ms John Soda
Sodawaltz ondule sur la brèche d'un gouffre aux dents de cuivre, porté par un élan emprunt d'une féminité folle, qui jamais ne s’essouffle. Bref (moins de 3 minutes!) et pourtant , abouti jusqu'aux étoiles.
Le feu qui détruit tout en guise de territoire et l'Acid comme arme de destruction massive au bout des doigts, Cinder se joue de nous et lâche, en plein milieu d'un album déconcertant, cette track qui calcine tout sur son passage. Je l'ai probablement écoutée 303 fois depuis sa sortie, pourtant, elle me fait toujours autant d'effet.
Cette track me dépasse à bien des niveaux. Que ce soit la voix, qui côtoie les cimes éternelles, ou les instrus intrusifs qui déchargent leur colère dans tous les recoins des portées.. On touche à un truc quasi divin là, défonce totale!
humer la vapowave à l'embouchure d'un appareil venu tout droit du futur, les genoux à terre, les narines frétillantes. Voilà ce que ce morceau me donne envie de faire. Tout en me faisant masser le dos par une jolie cyborg aux cheveux noirs. oui
Par souci de contradiction, je n'ai écouté qu'en décembre l'album de Sufjan Stevens. Lorsque Fourth of July est passée, les légions de nuages laiteux ont littéralement accouché d'une boule de lave bouillonnante qui s'est mis à déverser ses rayons dans tous les sens, redonnant vie et couleurs au tableau de la vie hivernale, terne et déprimé. Juré!
D'une simplicité confondante, et pourtant, fallait l'inventer. J'ai l'impression d'avoir 15 ans en boucle, avec cette chanson. Y'a ce qu'il faut d'insolence, aussi.
Lorsque je mets ce morceau en voiture, la route se transforme en canyon pavé de cadavres, mes roues sont de feu, mon regard brouillé par l'énergie des grattes furibondes transperce l'horizon en flinguant tout. Jamais été en retard au travail, comme ça, nickel.
L'ambiance de cette track rappelle le Néant qui gémit, qui se tord et implore un Pardon inatteignable. Et les voix qui fusent du fond des enceintes, tranchant l'air de leurs décibels libérées... ça me colle des frissons!
Je lui avais donné rendez-vous dans un bar réputé pour son ambiance feutrée, sa musique élitiste et la qualité de ses alcools. Nous étions collés à un mur tapissé de mousse rougeâtre et moelleuse, tout au fond, mais si l'on tendait le cou, il nous était possible d'apercevoir quelques morceaux de la scène. À la table voisine, un type grassouillet tétait le cigare en caressant les boucles sucrées de la femme d'ébène collée à son ventre rebondi. Il ouvrait régulièrement la bouche, tenant son cigare entre ses doigts, laissant échapper un rire graisseux et mordant, sorte de fauve puant la thune et le stupre, prêt à bondir, tous crocs dehors.
La mélodie postillonnée par le piano à queue s'imbibait de l'épaisse nappe de fumée grise -volatile et voyait ses volutes s'écraser contre les cols de veste, imprégnant coiffures et moustaches au passage. Je la fixais intensément, mordant ma langue d'anxiété, le goût cuivré du sang me piquait le palais. Et dans ses yeux , noisettes fondantes, j'entrevoyais de frêles nuances aux contours léchés, trépignant d'une colossale envie de se tirer, de briser les cloisons et courir, d'user son haleine à l'infini, pour l'inconnu.
"C'est d'accord, lâche-t-elle. J'en suis.
Explosion acide au fond de mon crâne, je mobilise toutes mes forces pour pas trembler. Je me ressers en tequila, mais, mon geste est trop fébrile, des gouttes s'écrasent sur mon poignet. À l'affut, elle penche son museau en avant et tire sa langue hors de sa grotte humide, me lape comme un petit chien. J'ressens des picotements jusque dans mes orteils, va falloir agir.
Je me dresse brusquement sur les talons, renversant la table au passage. M'en fous. En quelques bonds agiles, j'atteins la scène et dézingue le piano à coup de batte en émail blanc. J'éclate la tronche boutonneuse du pianiste en hurlant, faisant gicler dents et bouts de chair dans tous les sens, y'a un morceau de nez qui vient se coller sur le devant de la robe d'une très belle dame, au premier rang, pile à la naissance de son décolleté. Pétrifiée, la dame lâche un filet d'urine sur ses jambes douces, j'en ricane encore de la voir comme ça, yeux vomis hors des orbites, la robe cradingue de sang, les pompes gorgées de pisse, probablement déjà morte de l'intérieur depuis longtemps.
À quelques tables de là, elle se déchaîne à l'aide de deux fourchettes, plantant à tours de bras la chair molle des convives hébétés, les os craquent de trouille et se disloquent, comme moi, elle est fendue d'un large sourire.
Cette fureur qui nous anime n'a rien de singulier. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'oeil à la pochette de l'album - géniale et percutante, d'ailleurs. La révolte, qu'elle soit de chair ou de métal est implantée au plus profond des choses depuis la Nuit des Temps.
C'est notre rôle de lui ouvrir nos chairs afin qu'elle en jaillisse sans honte, dans la splendeur de sa nudité, et qu'elle repeigne le décor, suintant de gros glaviots rouge sang, puis qu'elle chie des litres de flotte amère dans lesquels des nourrissons seront noyés, là, au premier plan, la Mort qui culbute un porcelet gavé d'écume, et haut dessus, un fil aiguisé et tranchant qui taille une large grimace glacée au foutre dans toute la largeur de l'horizon, avec ces petites figurines à forme humaine qui suent et dansent et se perdent à moitié fou, l'esprit flingué par le Néant, le corps meurtri d'avoir trop rêvé.
L'ennui avait glissé en lui, révélant la mollesse de ses formes aux êtres qu'il croisait. Sous son épiderme souillé, un brouillard pateux bouillonnait. Quelques effluves dégoulinait de sa bouche entre ouverte >j'ai besoin d'un putain de fixe électronique, vite!<
Il s'engouffre sans réfléchir dans un magasin de vinyles, le visage piqué de sueur. Des murs sales et tapissés de disques vibrent à son passages, les voilà prêts à s'effondrer sur sa gueule, vite, il lui faut de la came, un truc bien complexe qui l'occupera une bonne partie de la nuit, un skeud qui t'émeut autant qu'il te chatouille les neurones.
Il ne faut pas longtemps à son regard fiévreux pour être happé par une pochette démente, d'une beauté naturelle au gout de catastrophe nucléaire, avec ces trois lettres, tamponnées au foutre : O S V --> Original Sound Version
les kanjis liquides finissent d'éveiller sa curiosité, va pour cet album d'R23X!
Tracks fulgurantes, accords accrocheurs, bon dieu qu'il rage de ne pouvoir étirer le temps, écraser ses morceaux favoris, s'y cramponner . Mais c'est d'une oreille pitoyablement humaine de junkie à la masse qu'il perçoit l'album, peut-il en saisir toutes les subtilités?
Le pauvre morfle sévère. Le morceau d'ouverture, Cross The Ocean, vient lui cracher son synthé mélancolique à la tronche, sa gorge s'assèche, il lui faut une miette de rivage, un truc auquel se raccrocher. Trouvera-t-il un peu de paix dans les échos détraqués de la voix d'Human Race? Perdra-t-il définitivement la boule au milieu de Metropolis et son rythme fou, vertigineux?
Le crâne troué de copeaux électroniques, la chair mouillée de plaisir, notre type entre rapidement en transe; sa mâchoire claque, ses orbites roule silencieusement - c'est à genoux contre la moquette qu'il termine l'album , 20 minutes plus tard, la langue sèche et rappeuse comme du papier de verre.
Personnellement, la dernière track, Airship, m'a assommée. Si mignonne, dans sa retenue délicieuse, si fragile, dans son enveloppe de synthé stellaire, léchée de toute part par des glitchs discrets et pourtant si redoutable, par sa portée...
J'habite dans un petit appartement gorgé de vinyles et tapissé de livres, au quinzième étage d'une tour impersonnelle, aux abords d'une ville dont je tairais le nom. Quelle importance? Dès que j'en ai l'occasion, je m'allonge sur le matelas moelleux situé au centre de la pièce, et me perds entre les lignes , les enceintes allumées ou un casque sur les oreilles, en fonction de mon humeur. Il m'arrive régulièrement d'oublier de grailler, de me doucher ou tout simplement de reprendre mon souffle, c'est que je n'ai que faire, de mon apparence, de mon odeur. La Solitude comme seconde peau, douce et langoureuse comme une caresse du creux de la paume, il y a bien longtemps, que personne ne m'a touché.
Je ne sais pas trop quelle heure il est, mes volets sont toujours baissés. Ma montre est cassée depuis quelques jours, je vis avec mes livres, me nourrissant exclusivement de Son. Je n'ai pas envie de me rendre à la cuisine, minuscule cagibi équipé d'une plaque, d'un évier et d'un four micro-ondes couvert de moisissures. Ah, le frigo a rendu l'âme, je ne sais plus trop quand, une odeur âpre et dégueulasse flotte dans l'air, la cause de mon nez encombré. Je me racle la gorge et me redresse lentement. Mon coude émet un craquement fatigué, je dois pas être beau à voir, mon t-shirt schlingue la transpiration, mon pantalon l'urine. Je me traine jusqu'à la platine et la réveille à l'aide d'un nouveau disque, Kujira EP de Joy! , le diamant crépite , je me cale sur le fauteuil, les mains croisées.
À mesure que la track avance, une sensation étrange m'envahit. Des picotements discrets chatouillent le bout de mes doigts, ma tête accompagne le beat généreux et balancé, j'aime la timidité du synthé qui s'incruste petit à petit dans le morceau, à la manière d'un félin, il s'avance et s'étire en ronronnant. J'ai la dalle. Mes pieds trottinent jusqu'au cagibi, l'odeur imprègne ma silhouette, je m'en moque éperdument. J'attrape une boite de nouilles instantanées, la pose dans le micro-ondes et attends, les mains posées sur le bord du meuble. Me voilà de retour dans la chambre, l'esprit étrangement troublé. En tailleur sur mon matelas, je mange en silence, les yeux clos.
Les nouilles moites me réchauffent la bouche, est-ce normal, cette légère pression sur ma hanche? Quelque chose de tiède, qui me rappelle la forme d'une main caresse mon dos, je frissonne. J'ose pas ouvrir les yeux, le souffle court, j'attends. La main câline ma colonne vertébrale, mes omoplates, lorsqu'elle atteint le bas de mon t-shirt, elle se risque à passer en dessous. Au contact de ces 5 doigts souples, mon dos se cambre, je ne suis plus en contrôle, c'est flippant et délicieux à la fois, je décide d'attendre encore un peu, pour voir..
Je sens une mèche de cheveux parfumés me chatouiller le cou, des lèvres humides se posent tendrement au creux de ma nuque, deux bras se croisent sur mon abdomen et m'enlacent, quelle sensation vaut mieux que celle-là? La fille caresse mon ventre d'une main et de l'autre, accompagne mon corps en position couchée, sur le côté, je la sens qui s'allonge derrière moi, pressant sa chair contre la mienne. Délicatement, elle m'aide à enlever mon t-shirt, humide et désuet, ma peau frissonne derechef lorsqu'elle aventure le bout de sa langue sur mon épaule nue, la musique, cette inconnue et mon pauvre corps maigre et laid sommes devenus un atome moite et bouillonnant, protégé par les draps de l'âpreté du réel, la banalité de mes nuits précédentes me bouffe la gorge, j'ai envie de tousser, de déglutir, peut être même de gerber, qui est cette apparition délicieuse, jusqu'où veut-elle m'emmener?
Cet EP de Joy! résonnera pour longtemps encore, telle l’étreinte d'une jolie fille aux cheveux sombres, rencontrée au beau milieu d'une nuit d'ivresse éphémère, au hasard de quelques pas de danse passionnés. Coup de coeur instantané, au milieu de tous ces squelettes sans visage qui s'agitent vainement. Le son surprend par sa sincérité et l'histoire se dévoile, avec retenue d'abord, pour finalement s'emparer corps et âmes de l'auditeur et l'emmener, main dans la main, vers des contrées bâties pour deux.
Du haut d'une montagne d'instruments désaccordés, un loup gueule à la Mort. Sa plainte est de métal, ses souffrances, bien réelles, lui perforent les poumons. Une armée de chênes désabusés absorbe l'écho du corps qui se tend et se recroqueville parmi les cadavres aux dents creuses, obsédant bordel. D'une vie sur le point de chavirer, il faut prendre appui - Que restera-t-il de nos souvenirs après que la dernière note se soit évanouie entre les étoiles? Les astres se mettront-ils à chialer? Probablement pas. Nous ne sommes que des bâtons de poussière, irrigués par quelques litres d'un nectar volatile, incapables de nous sauver . Le Néant, juché sur son trône en cristal, ne nous quitte pas des yeux. On a beau lever les bras, frapper le sol de nos jambes décharnées pour tenter d'accrocher le rythme, toute résistance est inutile. Les soirées mémorables ont toutes une fin. Tragique et décalée, d'ailleurs. Ne sont-ils pas idiots, ces troupeaux de fêtards, à trainer leur carcasse puante sur les parkings, aux premiers soupirs de l'Aube, l'organisme en manque de came, leurs yeux vitreux d'avoir trop dansé, vibrant sans cesse, à la recherche d'une ultime dragée interdite? Que reste-t-il de ces deux êtres, qui toute la nuit, se sont enlacés? Un synthé solitaire balaye leur romance en une portée, y'a plus qu'à rentrer seul, le visage sale, l'esprit embrouillé, ou ne pas rentrer du tout, et se coucher en chien de fusil, tel un bâtard aux longues oreilles tristes, tout contre le bitume. à quoi bon persister? S'attacher à un corps transi, pour la délicatesse de ses courbes et son odeur... tu l'aimeras toujours, dans 120 piges, quand il ne sera que lambeaux dégueulasses, abandonné sous terre, habité par les vers? Le poids du Temps se fait trop lourd, la balance est fêlée. D'une craquelure plus profonde qu'une autre se hisse maladroitement une bribe de voix parasitée, son chant sème la Terreur parmi les goules au teint crayeux. Elles s'éparpillent en glapissant, l'échine déchirée à grands coups de désespoir, les yeux révulsés par un passé maudit. La plus grande d'entre elles passe un doigt décharné sous sa paupière, afin d'en recueillir une goutte vermeille. Ses pieds cessent de s'agiter. Elle stoppe sa course sans fin au pied d'un char couvert de mousse.
Éreintée, elle se laisse tomber à terre, bruit sec d'os pourris qui se brisent, un nuage verdâtre encadre sa carcasse, quelques mouches vrombissantes, excédées par tant d'audace, décollent de leurs perchoirs. Le morceau touche à sa fin, la goule le sait. Ce qu'il reste de ses yeux, brille d'un éclat nouveau. Verts sont ses iris, autrefois complimentés, deux trous sans fond, qui roulent en gémissant. L'album d'Oneohtrix Point Never sort en novembre : l'espoir s'est bel et bien noyé dans un souvenir, rongé par le froid. Avec ce premier morceau, il signe la fin d'un Monde qui fait écho à la perte de l'être cher que l'on ne pourra plus jamais prendre dans ses bras.
Alors, dis-moi, prophète des Temps Perdus, comment je fais, à présent?
Une nuit terrible, bouillonnante d'amertume, recrache un avorton dans l'auge des porcs. Difforme, le marmot tente maladroitement de se redresser, s'aidant des rebords en plastique du récipient . La pitance des animaux, trop pâteuse, le fait déraper sans cesse et barbouille son visage, ses cheveux hirsutes, s’immisçant entre ses lèvres et tartinant sa langue, révoltée. Un énorme goret, réveillé par les gesticulations du garçon, tend sa tête fangeuse par dessus les corps anesthésiés de ses pairs. Sa pupille laiteuse scrute les alentours de la grange, en quête d'informations; là, sous une poutre rongée par les mythes, une forme qui se débat dans le fricot, " c'estquoiçaaa " grogne l'animal, excédé. Guidé par une rage sourde, le pourceau fonce vers l'auge meurtrière, grouinant à plein poumon. Les sens du garçon s'éveillent ; voyant la bête se ruer dans sa direction, il pousse instinctivement sur ses jambes, faisant craquer ses os, égratignant ses coudes ; au même moment, l'animal entre en collision avec le récipient qui choit sur le côté. Propulsé à terre par le choc, l'enfant se gave de paille, de déjections. Il redresse sa nuque et rampe vers les portes de la grange afin d'y fracasser sa boite crânienne. Un des battants s'ouvre en grinçant, le gamin en profite pour s’éclipser.
Springtime Linn
L'aurore amère l’accueille avec douceur, enveloppant son corps de brume . Guidé par quelques chants d'oiseaux ensommeillés, le voilà qui erre, dans la campagne, les pieds chatouillés par les herbes fraîches. Ses pas le mènent aux abords d'un ruisseau dont les Ondes malicieuses crépitent au gré des salves des nageoires poissonneuses.
L'enfant appuie son corps contre le tronc immuable d'un chêne centenaire, épuisé..
Unfurla Cremated
Un faune hagard est allongé dans l'herbe, non loin de là. Les bras croisés derrière sa tête, il mélange ses pensées à des songes électriques - une respiration - a-t-il rêvé? Il se décide à aller voir et trottine jusqu'au vieil arbre .. Entre deux racines, il aperçoit une silhouette informe, ne ressemblant à rien de connu, dont le contour se soulève doucement - une respiration? -
Derrière une montagne d'articles numérotés,
règne une jolie brune aux ongles étoiles. Inlassablement, au fil des
secondes qui s'égrainent, ses mains vont et viennent par dessus les
denrées que les clients achètent, visages renfrognés ou trognes de
déclassés, charmant sourire pour une armée d'ombres pressées.
Je ne juge ce temps perdu, ne le méprise , Enveloppant sa silhouette, Il la protège;
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La voilà qui trotte sous une lune sans entaille, portant à ses lèvres une 'garette grésillante qu'elle écrase du talon, ouvrant ainsi la faille dont s'échappent des reflux d'Adiante
Blackheart est emprunt d'une féminité absolue, loin d'être étouffante - Des
instrus espiègles à la voix au goût de nuit, l'album agit comme une
invitation au Songe, déclamant la promesse d'un crépuscule à deux, tout
en douceur. Jamais je n'avais entendu d'Interludes aussi complets, - Choices
en est l'exemple parfait- et ces détails, dans les instrus, qui
éveillent sans cesse quelque chose, au fin fond de nos mémoires, de nos
entrailles.. quant à cette voix... limpide, chargée d'une touche
mélancolique, comment ne pas succomber??