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dimanche 19 février 2017

L'Oublie

À l’autre bout du monde, là où les ombres n’ont pas de coeur, un jeune prophète se bourre la gueule sans sourciller. Le goulot froid, entre ses lèvres tristes, teinte l’aurore de ses harmonies ivres. La tête du garçon frappe ses épaules avec une régularité déconcertante de métronome sérieux, gauche-droite-gauche-droite__________ la ligne est fatiguée.
Sous ses yeux d’ébène, une femme à la peau morte s’endort, le nez sur son violon. Pour qui joue-t-elle, depuis des mois, si ce n’est pour un souvenir? Elle s’est usé les os, à force d’espérer; son horrible dos se courbe plus bas que terre au rythme des âmes transies d’effroi qui s’amoncellent, en tas de boue crasseux, au pied du lit inoccupé. La solitude comme point de repère, une cigarette invisible derrière l’oreille, le jeune garçon défie la mort droit dans les yeux — c’est ton odeur, oui! Ton odeur qui m’a rappelé à toi, ô toi, frêle navire aux cales vermoulues. Le vent s’engouffre entre tes cuisses, ma langue s’assèche et mes oreilles multiplient le fracas des battements de ton coeur– mensonge! Ta tendre poitrine est vide, creuse comme une vieille souche fatiguée. Les couleurs ont toutes été oubliées et je regrette, oh oui, je regrette, de ne pas les avoir enlacées.
à l’époque où mes bras pouvaient s’élever , j’aurais fendu ton âme et embrassé tes plaies, lécher tes joues acides et prié le Soleil de ne pas trop douiller. Assommante errance d’un astre triste, recroquevillé entre les mauvaises mains, le buste écartelé aux pointes de la plus belle étoile, le garçon meurt à petit feu.                                              

Je t’aime, sublime chimère, même quand je ne suis plus.


mardi 31 janvier 2017

Je rêve de chattes silencieuses aux contours humides

Sournoisement assaillie par les ronflements sonores d'un animal au poil doux, je dégage ma couette Mickey Mouse d'un coup de pied sec. J'ai gardé mes lunettes de sommeil et les barres de plastique s'incrustent à coups de reins vicieux dans ma peau. À vif, la molle croûte se fêle en dégueulant une mouille opaque et huileuse, mes doigts en sont tartinés. Frustrée de ne pas trouver Morphée, les cuisses écartées, je secoue mon hochet à la ronde, priant les Créatures nocturnes de m'arracher un ou deux cris. Rafales de cordes tendues et délire douteux de gorge repue, j'esquive les 2-3 morceaux merdiques de l'album et prends mon pied sur les autres. Je mords à pleine dent le coussin imbibé de bave sèche couvert de cheveux longs - commence à le lécher en clignant des yeux. L apocalypse, maman, va te péter à la gueule et recouvrir ton être en étirant ses lèvres afin d engloutir ton corps, ton âme et tes souvenirs. Fondue au trottoir élimé, ton ombre mord les bouts de gomme mélangés au granit. Poussière et désir à sniffer de concert, sur la croupe d'une instru libérée, j'ai les pupilles qui crépitent dans le noir tel de timides corolles tuées à petit feu par les flashs acides de l'ambulance qui me transporte vers Agartha. J'ai des envies oblongues d'écorcher tes vices du bout de mes ongles rongés, ne commence pas à chialer.. J't'ai fait les poches en te léchant le cou, j'avale doucement des petits bouts de toi, ça ne me tire pas d'affaire, j'envisage de plonger tête la première dans ton coeur affolé. Une batterie cogne dur sur tes ventricules, étrangement ça me soulage un peu de te voir souffrir, je ne réclame pas ta mort mais je dirais pas non à une nuit entière à te piétiner les orteils en chantant. Le bal des cocus joue ses dernières notes ; collé au mur du fond, un radiateur ancien fait craquer ses tuyaux en mesure. Un immense polichinel de bois et de mousse se prend les pieds dans ta robe aux reflets de lave, bascule tête la première contre le carrelage, gelé depuis des siècles et des siècles, miaou. Ses propres canines de miel fossilisé pénètrent sa tendre langue, sans bruit. Un flot tiède d'hémoglobine s'échappe des trous en bouillonnant. Aux coins de ses lèvres usées par le temps des Amours Charnels se dessine une lune poupre, d'abord minuscule puis de taille démente. Lune rousse aux seins juteux, mord tout sur son passage. 

Je m'engloutis



jeudi 17 novembre 2016

Trahison

Le Temps, fidèle
ennemi
m'invite à sa table.
Mes doigts s'entrechoquent sur les couverts d'argent.

Je dépose un baiser tiède
Au sommet de ton épaule
morte

Blafarde errance d'une bouche molle
rongée par l'Amour

Sous ta peau lunaire
serpente un ruisseau triste

Pourpres, maigres
tes jambes flageolent en tentant de me fuir

Deux mont liquéfiés - de trouille
se dressent sous tes caresses

Ah! Qu'il était fier et lourd, le temps des Amours Jeunes



 
maintenant, les draps se gonflent de larmes à la réminiscence de ton corps disparu

et toutes ces âmes mortes
qui hurlent dans l'obscurité
s'éclatent en mille cohortes
dans les tréfonds d'un songe torturé


j'accuse! le frais matin de m'avoir aveuglée
Il me reprend mon âme 

et quel supplice, de plonger tout entier dans cette masse sombre
mouillée des larmes d'un autre temps

réveille-toi , putain!
nettoie ta gueule d'amour barbouillée et 

P A S S E   A   A U T R E   C H O S E 

sinon...



De la pointe des dents, je mordille des petits bouts d'un nouveau corps immaculé, trempé d'innocence.
Ta chair est tendre et moite, fondue sur les contours de mes doigts qu'avidement je décide de lécher.

Jusqu'à la prochaine odeur, je veux bien m'ignorer.

Et si ton corps venait à disparaître, j'irai sonder les limbes hostiles, d'un pas décidé. Hurlant ton nom aux ombres douces, percées de regrets, je franchirai l'impossible au coeur de glace. 

Ici, où les distances infinies maintiennent le temps en émoi, comme le ferait une meute de hyènes affamées, je n'ai plus peur de lui. Sa taille ne m'effraye pas puisqu'il n'est rien, minuscule parasite hagard aux yeux tombants, qui sournoisement m'évite...

bâtard!

J'en ai croisé, des lâches, mais toi t'es leur leader puant, avec ton corps trop grand qui ne peut passer les portes de l'esprit, barbote, barbote ! dans ta libre fange, terre mouillée aux beats assourdissants et disgracieux, ils sont légions à vouloir t'ignorer. 

Et je cherche ton sourire, sur ces faces d'ardoise monotones
même si je sais très bien qu'au fond, je n'en n'ai plus besoin




jeudi 10 novembre 2016

Ellipses

Nil Hartman - Ellipses (2016) 



Rongée par les remords, l'ombre discrète joue des coudes et tente de se mouvoir au milieu d'une foule vorace, s'étendant à perte de vue. Affaiblie par une dépendance flagrante à l'autre, au souvenir tendre de ses caresses ainsi qu'aux réminiscence d'un Temps Immémorial, toujours, gonflée d'espérance, elle peine à avancer.

Pourtant, 32 annonce un changement purgatif :

Au contact de ces êtres, l'ombre s'ouvre doucement, à la manière d'une fleur tardive, se nourrissant des éclats de voix que l'air réchauffe à gros bouillon. Voici que le rouge lui monte aux joues, cela faisait bien longtemps. Et c'est de face, en pleine lumière, qu'elle se montre à présent.

Au hasard des soubresauts sucrés de ces pantins de sueur, désarticulés, l'orgue triste s'agenouille puis se relève, chaque fois qu'il croit apercevoir celle pour qui tout est destiné.


Les notes tombent sur sa chair en multitude d'Émois craintifs, combien ces rides ont-elles acceptées de larmes?

Discrètement ,Nil Hartman réussit l'exploit de capturer l'instant, sans l'amocher, ( ) en est la preuve concrète. Et j'attendais, oh, j'attendais, un morceau baigné d'Extase et imparable, symbole transi d'une époque à venir...

Yoctomètre
(ouverture de l'année, sans hésitation) déploie son synthé saturnien et nous montre l'Avenir, en souriant. Un ange en perdrait ses ailes de douceur, trouvant d'autres moyens pour regagner son trône.

Et moi, c'est avec des morceaux de cette trempe que je veux grandir. Je suis même prête à pardonner.

Ellipses offre, aux plus moribonds d'entre nous, une rédemption salvatrice , inespérée, perdue dans un recoin de l'Univers, noyée dans le volcan de l'amour fruste. Sans titre 6 n'a pas besoin de nom puisqu'elle est toutes et tous et qu'elle jaillit de l'ombre en un soubresaut gigantesque, laissant derrière elle des gouttes chaudes d'une lave magnétique irisée.


Merci



vendredi 14 octobre 2016

bleu perdu



Les voix angéliques déstructurées me font fondre. Fall en est gorgé jusqu'au sommet de la plus haute tour, qu'on entraperçoit en arrière-plan, gommée par la stupeur bleue d'un brouillard perpétuel.
ça y'est, je replonge.
Oh ce que je ne donnerais pas pour l'oublier! ça fait des semaines que j'essaye, question de vie ou de mort, et pourtant...

Je m'adresse alors à l'inconnue aux cheveux sombres aperçue quelques fois dans mes rêves d'antan. Manifeste-toi, qu'on plonge vers l'avant!!


jeudi 13 octobre 2016

Childhood Mélodie

Il m'a suffi d'une seule écoute, tout comme des fois il nous suffit d'un unique regard, pour tomber amoureuse. D'une douceur inégalable de main de femme, guidé par l'espérance enfantine et bornée d'instruments en symbiose, Wingtip se vit comme un souvenir moelleux, de la trempe de ceux qui vous poussent à continuer, malgré la lâcheté ambiante. Même les cuivres se coulent dans l'atmosphère comme on se coule dans un vieux pyjama usé, fleurant bon l'amour maternel. La pochette, d'une électrique contemplation promet le plus fou des voyages, aux confins des rêves, à la limite de l'extase.




au diable la raison! 


L'innocence récupère son royaume et pousse de ses petites mains habiles son Roi sur un trône forgé de coussins, recouvrant le monarque d'une couverture laineuse et, genou à terre, le nez vers le sol, elle sourit.
Sous ses paupières closes pulsent une myriade de beats élastiques et de sous son corsage s'élèvent quelques fragments de voix séraphiques et blancs, tout étonnés de voir qu'il y a encore de la vie alentours. Les corps malades, dont les entrailles broyées par l'ignorance des Autres grésillent d'effroi, se tendent doucement vers la Lumière, en quête d'un repos bien mérité.
J'exagère à peine en disant que cet album est touché par la Grâce. J'y ai senti l'Amour , mais pas le bâtard que j'ai trop longtemps porté, celui qui broie et qui déçoit. Là il s'agit d'Amour sans contrainte, de Liberté. 



Et même si je dors seule ce soir, en écoutant Wingtip avant de m'évader, je ne crains plus les Ténèbres qui m'ont, les derniers temps, bouffée, car mes sens seront tournés vers des horizons moins mornes et peut être qu'enfin, demain, au réveil, je t'aurai oubliée. 



mardi 4 octobre 2016

à toi qui ne t'efface jamais

Un corps, ça s'apprivoise, ça se mérite. 

Et ta voix d'ange éclate en moi comme un essaim d'insectes chatoyants, nourris à la poussière d'étoile, camés jusqu'à l'âme, à moitié fous de ne jamais s'arrêter. 




Épouse-moi! 



dimanche 11 septembre 2016

la complainte de l'astre tiède






Il n’y a pas si longtemps tu sais, je me promenais à deux sous les étoiles, mes doigts encerclant sa main pétrie de douceur, si fine qu’un souffle stellaire pouvait la fendiller. Pourtant, jamais elle me lâchait.

Je me moquais de tout,surtout des choses sérieuses.

J’avançais en riant, persuadée que ce bon vieux Chronos, étendu à nos pieds, gloussant des farandoles de paroles flinguées, nous encourageait à piétiner, nous offrant ainsi l’Infini Désastre sur un plateau d’argent.

à force de la mordre, la poussière à fini par saigner

Sa peau teintée à laquelle je tenais tellement commençait à peler. d’abord par petites plaques éparses, y’avait pas de quoi s’alarmer.

Jusqu’à ce strident cri de volatile ressuscité qui m’a tirée de ma torpeur.

Grelottant d’effroi, j’ai découvert un amas de chairs fumantes à mes côtés, sur le matelas complice de tous nos jeux, des bulles noires claquaient en suintant. 

J’ai tendu l’oreille, tout près du coeur noirci, un doigt sur la touche de son âme fatiguée. Guidée par les regrets amers d’une horloge d’un autre Temps, je me mis à composer une étrange mélodie, que seuls les morts pouvaient entendre.

Je ne crois plus à l’Amour, puisque je l’ai tué.

le pauvre n’avait pas de visage, et pour seule arme, il brandissait maladroitement la ruine d’une Cathédrale au creux d’une de ses paumes.
Le combat, inégal, fut rapidement plié.

Je lui enfonçais dans le coeur – n’est-ce pas là ironique?- la pointe d’un vieux clocher.

Sous ma molle narine, un minuscule moucheron vient de s’écraser. D’un élan destructeur, je l’aspire ——- jamais plus il ne volera.

C’est ici qu je m’arrête, à la manière d’un trappeur épuisé. lorsque les force nous manquent et qu’on ne sait plus comment pleurer, la Nature se réveille et vient nous enivrer.

Assise sur un croûton de bois, les mains rafraîchies par un ruisseau lunaire, pressée de rêver aux étoiles, je songe à nous.

Et ton visage parfait, dessiné dans le beurre par un écureuil doué, me saisit et me hante, comme une morsure indélébile de quelques animaux maléfiques et dangereux, du genre de ceux que l’on se plaît à pourchasser.


jeudi 19 mai 2016

Dawn Richard - Infrared

La Reine est de retour ...



Jamais ne quitte mes pensées


Le museau du petit singe me rappelle ses mains fripées, écrasées de soleil, qu'elle aimait tendre devant les regards - des mains d'enfant sorti trop tôt. 

Dawn Richard laisse échapper un "I'm not over you" à bout de souffle, fragile mais prégnant, secondé par un peloton de tambours énervés. Honest, donc, qui ouvre l'EP, fait le boulot, à la manière d'une Call Girl rodée qui remue ses hanches machinalement, sans trop se crever.

How I Get It, par contre, se taille une place de choix dans mon top perso de la chanteuse. l'instru rend ouf, ça pue la UK Bass des grands jours à plein nez, ce morceau sonne comme un arrêt cardiaque aux pieds de la fille qu'on aime, je suis à deux doigts de rendre les armes et de m'allonger le nez dans les fougères, afin de me laisser lentement grignoter par les insectes nés de regrets...

Paint It Blue me fait l'effet d'une danse sensuelle aux limites du réel, la pochette de l'album est un cliché par un ange hypnotisé lors de son show, petit veinard aux ailes coupées, quand prieras-tu?

L'EP se clos sur Baptize et ses tremblements vocaux, proches du divin. Elle me restera moins en tête que les deux précédentes, mais qu'importe.

Les marques sont là, ancrées dans mes chairs molles, je laisse une dernière fois courir mon regard sur ses mains, ses mains toutes lisses d'avoir caressé la Nuit, je me couche à côté de sa silhouette pétrie de rêves charnels.



samedi 16 avril 2016

Irréel

Je  veux l'omniscience des fantômes pour rester à tes côtés, chaque instant jusqu'à la fin.
Donnez-moi du poison!
J'avalerai une bouchée pleine, à quelques centimètres de ton corps, afin de mourir dans tes bras.
J'accuse!
Mon âme de s'être scindée en deux.
Cette scission m'a rendue égoïste, j'ai le visage couvert de boue.
âpre et pâteuse, elle me ronge les chairs et liquéfie le cerveau
Pardonne-moi!
J'aimerais m'oublier, me dissoudre, et surtout effacer les traces de mon errance manquée.

Je l'aime et la chéris, la grande faucheuse aux cernes sombres. Ce matin encore, j'ai failli l'embrasser.
Qu'y puis-je?
La courbe de tes épaules, ton souffle parfumé me retiennent.
Pourtant, non loin de là, l'horreur palpite, bouillante et téméraire, déchirant les moissons de feu.

Avec tendresse je mords un bout de ton coeur et le recrache à tes pieds tremblants.
Quitte à souffrir toujours je choisis les contours
et non ta chair exquise de nymphe effarouchée.
Je m'écarte et dans la brume et emporte avec moi le tendre souvenir de tes caresses.



J'ai été laissé pour mort dans la morne nature.
Le front couvert de mousse, les reins sanglés par l'aubépine.
D'entre un millier de vaines embrassades je ne recherche que tes lèvres liquides pour m'abreuver.

à l'aube de tes cuisses se tord un petit hérisson.
Aveugle et sourd, il contracte son museau tentant désespérément de se repérer.
Prends garde à ne pas l'étouffer d'un coup de hanches, il est maladroit!
Petite boule piquante aux reflets tristes s'avance en grésillant.
De ta peau sucrée, il se délecte, goûtant tes chairs par minuscules lampées.

Il faudrait une armée d'ogres gras pour l'arrêter, tant il est épris.
Mais ses épines te font souffrir, et tu écartes les jambes.
Un gouffre rugissant de lumière,
d'où bouillonnent des flaques de sang se dessine
dans la toison, happe et avale, le petit hérisson.

 

mardi 13 octobre 2015

Joy! - Kujira EP

 
J'habite dans un petit appartement gorgé de vinyles et tapissé de livres, au quinzième étage d'une tour impersonnelle, aux abords d'une ville dont je tairais le nom. Quelle importance? Dès que j'en ai l'occasion, je m'allonge sur le matelas moelleux situé au centre de la pièce, et me perds entre les lignes , les enceintes allumées ou un casque sur les oreilles, en fonction de mon humeur. Il m'arrive régulièrement d'oublier de grailler, de me doucher ou tout simplement de reprendre mon souffle, c'est que je n'ai que faire, de mon apparence, de mon odeur. La Solitude comme seconde peau, douce et langoureuse comme une caresse du creux de la paume, il y a bien longtemps, que personne ne m'a touché. 


Je ne sais pas trop quelle heure il est, mes volets sont toujours baissés. Ma montre est cassée depuis quelques jours, je vis avec mes livres, me nourrissant exclusivement de Son. Je n'ai pas envie de me rendre à la cuisine, minuscule cagibi équipé d'une plaque, d'un évier et d'un four micro-ondes couvert de moisissures. Ah, le frigo a rendu l'âme, je ne sais plus trop quand, une odeur âpre et dégueulasse flotte dans l'air, la cause de mon nez encombré. Je me racle la gorge et me redresse lentement. Mon coude émet un craquement fatigué, je dois pas être beau à voir, mon t-shirt schlingue la transpiration, mon pantalon l'urine. Je me traine jusqu'à la platine et la réveille à l'aide d'un nouveau disque, Kujira EP de Joy! , le diamant crépite , je me cale sur le fauteuil, les mains croisées.




À mesure que la track avance, une sensation étrange m'envahit. Des picotements discrets chatouillent le bout de mes doigts, ma tête accompagne le beat généreux et balancé, j'aime la timidité du synthé qui s'incruste petit à petit dans le morceau, à la manière d'un félin, il s'avance et s'étire en ronronnant. J'ai la dalle. Mes pieds trottinent jusqu'au cagibi, l'odeur imprègne ma silhouette, je m'en moque éperdument. J'attrape une boite de nouilles instantanées, la pose dans le micro-ondes et attends, les mains posées sur le bord du meuble. Me voilà de retour dans la chambre, l'esprit étrangement troublé. En tailleur sur mon matelas, je mange en silence, les yeux clos. 




Les nouilles moites me réchauffent la bouche, est-ce normal, cette légère pression sur ma hanche? Quelque chose de tiède, qui me rappelle la forme d'une main caresse mon dos, je frissonne. J'ose pas ouvrir les yeux, le souffle court, j'attends. 
La main câline ma colonne vertébrale, mes omoplates, lorsqu'elle atteint le bas de mon t-shirt, elle se risque à passer en dessous. Au contact de ces 5 doigts souples, mon dos se cambre, je ne suis plus en contrôle, c'est flippant et délicieux à la fois, je décide d'attendre encore un peu, pour voir..  



Je sens une mèche de cheveux parfumés me chatouiller le cou, des lèvres humides se posent tendrement au creux de ma nuque, deux bras se croisent sur mon abdomen et m'enlacent, quelle sensation vaut mieux que celle-là? La fille caresse mon ventre d'une main et de l'autre, accompagne mon corps en position couchée, sur le côté, je la sens qui s'allonge derrière moi, pressant sa chair contre la mienne. Délicatement, elle m'aide à enlever mon t-shirt, humide et désuet, ma peau frissonne derechef lorsqu'elle aventure le bout de sa langue sur mon épaule nue, la musique, cette inconnue et mon pauvre corps maigre et laid sommes devenus un atome moite et bouillonnant, protégé par les draps de l'âpreté du réel, la banalité de mes nuits précédentes me bouffe la gorge, j'ai envie de tousser, de déglutir, peut être même de gerber, qui est cette apparition délicieuse, jusqu'où veut-elle m'emmener?



Cet EP de Joy! résonnera pour longtemps encore, telle l’étreinte d'une jolie fille aux cheveux sombres, rencontrée  au beau milieu d'une nuit d'ivresse éphémère, au hasard de quelques pas de danse passionnés. Coup de coeur instantané, au milieu de tous ces squelettes sans visage qui s'agitent vainement. Le son surprend par sa sincérité et l'histoire se dévoile, avec retenue d'abord, pour finalement s'emparer corps et âmes de l'auditeur et l'emmener, main dans la main, vers des contrées bâties pour deux.

mercredi 30 septembre 2015

Oneohtrix Point Never - I Bite Through It


Du haut d'une montagne d'instruments désaccordés, un loup gueule à la Mort. 
Sa plainte est de métal, ses souffrances, bien réelles, lui perforent les poumons.

Une armée de chênes désabusés absorbe l'écho du corps qui se tend et se recroqueville parmi les cadavres aux dents creuses, obsédant bordel. 

D'une vie sur le point de chavirer, il faut prendre appui - 

Que restera-t-il de nos souvenirs après que la dernière note se soit évanouie entre les étoiles? 
Les astres se mettront-ils à chialer? Probablement pas. Nous ne sommes que des bâtons de poussière, irrigués par quelques litres d'un nectar volatile, incapables de nous sauver . 

Le Néant, juché sur son trône en cristal, ne nous quitte pas des yeux. On a beau lever les bras, frapper le sol de nos jambes décharnées pour tenter d'accrocher le rythme, toute résistance est inutile. Les soirées mémorables ont toutes une fin. 
Tragique et décalée, d'ailleurs. 
Ne sont-ils pas idiots, ces troupeaux de fêtards, à trainer leur carcasse puante sur les parkings, aux premiers soupirs de l'Aube, l'organisme en manque de came, leurs yeux vitreux d'avoir trop dansé, vibrant sans cesse, à la recherche d'une ultime dragée interdite? 

Que reste-t-il de ces deux êtres, qui toute la nuit, se sont enlacés? 

Un synthé solitaire balaye leur romance en une portée, y'a plus qu'à rentrer seul, le visage sale, l'esprit embrouillé, ou ne pas rentrer du tout, et se coucher en chien de fusil, tel un bâtard aux longues oreilles tristes, tout contre le bitume. 

à quoi bon persister? 

S'attacher à un corps transi, pour la délicatesse de ses courbes et son odeur... tu l'aimeras toujours, dans 120 piges, quand il ne sera que lambeaux dégueulasses, abandonné sous terre, habité par les vers? 
Le poids du Temps se fait trop lourd, la balance est fêlée. D'une craquelure plus profonde qu'une autre se hisse maladroitement une bribe de voix parasitée, son chant sème la Terreur parmi les goules au teint crayeux. Elles s'éparpillent en glapissant, l'échine déchirée à grands coups de désespoir, les yeux révulsés par un passé maudit. 
La plus grande d'entre elles passe un doigt décharné sous sa paupière, afin d'en recueillir une goutte vermeille. 
Ses pieds cessent de s'agiter. 
Elle stoppe sa course sans fin au pied d'un char couvert de mousse. 

Éreintée, elle se laisse tomber à terre, bruit sec d'os pourris qui se brisent, un nuage verdâtre encadre sa carcasse, quelques mouches vrombissantes, excédées par tant d'audace, décollent de leurs perchoirs. 

Le morceau touche à sa fin, la goule le sait. Ce qu'il reste de ses yeux, brille d'un éclat nouveau. Verts sont ses iris, autrefois complimentés, deux trous sans fond, qui roulent en gémissant. 

L'album d'Oneohtrix Point Never sort en novembre : l'espoir s'est bel et bien noyé dans un souvenir, rongé par le froid. Avec ce premier morceau, il signe la fin d'un Monde qui fait écho à la perte de l'être cher que l'on ne pourra plus jamais prendre dans ses bras. 

Alors, dis-moi, prophète des Temps Perdus, comment je fais, à présent?  


                          XIII - XI - MMXV

samedi 12 septembre 2015

Sors de ma Tête


 
L'aurore se dresse doucement par-delà les rochers, et, lorsque les premiers rayons de soleil arrosent les visages tirés des danseurs, quelques gerbilles se risquent à apparaître, humant l'air de leurs petits museaux trempés. L'atmosphère a des relents de fin de vacances et pousse les fêtards, dépités, vers leurs demeures respectives. Penchés au dessus du sol, leurs baskets flinguées foulent silencieusement paquets de clopes vides , gobelets souillés et autres machins lâchement balancés à terre pendant la soirée. 



Mais d'entre toutes ces ombres anonymes à la sueur acide, l'une d'elle attire mon regard.

 

cela fait 5 minutes qu'elle remue son corps en silence, sans musique, le visage mangé par une capuche aux contours incertains. Les pointes de ses cheveux, qui chatouillent son menton, accrochent partiellement la lumière, on penserait qu'elles sont gorgées de miel. Difficile de ne pas s'attarder sur ses bras qui caressent les courbes de ses hanches, décrivant parfois de petits cercles hallucinés à quelques centimètres de sa chair . L'hypnotique ballet me fait oublier le reste. Je pourrais aisément rester des heures à la contempler, les arbres en tomberaient de fatigue mais je serais encore debout, les yeux écarquillés, braqués sur son visage au teint légèrement hâlé, incapable de faire le moindre geste, tremblant d'une admiration craintive propre aux animaux sauvages.


L'aile inutile d'un Phoenix au gout de Cendre
Tourbillonne contre sa joue tendue

 

L'ombre de mon âme à tes yeux éternels 
S'efface peu à peu sans laisser de trace 



à quelques mètres de nous s'agite une salamandre . Sa queue fend l'air en des mouvements désordonnés, prise de folie ou tout simplement las de lutter, la voilà qui se couche à mes pieds. Lentement je m'agenouille à ses côtés, et pose ma main sur son échine : glacé de solitude, le petit animal cesse peu à peu de respirer. Les cimes des arbres entament alors une triste litanie, qui me ravage intégralement le crâne, je prends conscience de l’égoïsme de ma situation. 



Lorsque je lève la tête, tu auras disparu.  

mardi 8 septembre 2015

Et voler ton coeur (Beatless)

De tous les reflets abandonnés
C'est le tien que l'Amort préfère

Son molosse aux dents de métal se plait à lécher tes joues translucides, moites d'avoir trop pleuré

Souviens-toi de toutes ces occasions manquées
Et regarde ce qu'il en reste , à présent. 

Aucun fleuve à remonter , pas un ruisseau,

que t'avale le Néant !



Quant à celle qui t'a offert son chant
Aux pieds de la Mer immense et incertaine
Elle se tient, saine et sauve, hors du temps
Caressée par des vagues brunes - sang de sirène



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Si tu tends ton cou vers l'horizon, tu apercevras l'avenir. C'est dans un parc peu fréquenté que ton regard s'arrête. Sur un vieux banc en bois de rose, se tient une ombre, courbée sur un sac en plastique.

La vieille marmonne des trucs en pelant un fruit abimé. À chaque bouchée, elle recrache des bouts de peau flétrie et des pépins. Son regard verdâtre, brouillé de solitude, observe les Ténèbres. À ses pieds, un petit jouet de bois penche la tête sur le côté, en pleurant. Du fond de son coeur la vieille crie à l'aide, même si sa gorge ne peut produire de notes, ses entrailles se déchirent à force de se tordre, son âme, pour toujours d'une jeunesse éternelle, tente de s'échapper par les trous que les Os tranchants ont réussi à forer. 

Mais c'est en vain que la vieille se fatigue, car il est trop tard. 

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Lorsque les silhouettes d'Antan se seront toutes dévorées
Au crépuscule d'un Dieu il faudra alors se rendre
Jamais je n'aurais deviné que cette main, j'aurais dû la prendre


Ô Temps farouche et obstiné,


Préserve à jamais cette passion tout entière
Que chaque nuit j'y revienne, juchée sur mon refus d'hier
Et que la Mort me bouffe, en échange de ta Liberté





 

lundi 15 juin 2015

Jolie Môme d'une Nuit musicale

Dans les premières lueurs de l'Aube, le corps courbé vers la terre, j'attends, assis devant la salle, quelques amis encore à l'intérieur. 

L'air matinal, gonflé par les affres d'une nuit musicale intense, me fait du bien. 
Sur mon visage, dans mes cheveux, une légère brise dépose quelques conseils avisés. 
Quant aux Ténèbres, elles se sont retirées avec déférence, recroquevillant leur douleur à l'intérieur des corps , léchant leurs plaies comme le ferait une chatte blessée après une nuit de grabuge sans merci.  




Mes phalanges s'engourdissent, mon esprit tend à s'éteindre,
je suis à deux doigts de sombrer lorsque je l’aperçois qui sort de la salle. 
Virevoltant avec aisance sur le goudron, elle plisse ses deux grands yeux , scrutant dans ma direction. 
Ma gorge se serre, mes mains se couvrent de sueur; 
un moucheron malchanceux se retrouve prisonnier dans ma paume., englué dans l'acide liquide. 
La voilà qui s'approche de moi..

courage! 





jeudi 12 février 2015

Déesse Nocturne

Dawn Richard - Blackheart (2015)


Derrière une montagne d'articles numérotés, règne une jolie brune aux ongles étoiles. Inlassablement, au fil des secondes qui s'égrainent, ses mains vont et viennent par dessus les denrées que les clients achètent, visages renfrognés ou trognes de déclassés, charmant sourire pour une armée d'ombres pressées.

Je ne juge ce temps perdu, ne le méprise ,
Enveloppant sa silhouette, Il la protège;

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La voilà qui trotte sous une lune sans entaille,
portant à ses lèvres une 'garette grésillante
qu'elle écrase du talon, ouvrant ainsi la faille
dont s'échappent des reflux d'Adiante



Blackheart est emprunt d'une féminité absolue, loin d'être étouffante -
Des instrus espiègles à la voix au goût de nuit, l'album agit comme une invitation au Songe, déclamant la promesse d'un crépuscule à deux, tout en douceur.
Jamais je n'avais entendu d'Interludes aussi complets, - Choices en est l'exemple parfait- et ces détails, dans les instrus, qui éveillent sans cesse quelque chose, au fin fond de nos mémoires, de nos entrailles.. quant à cette voix... limpide, chargée d'une touche mélancolique, comment ne pas succomber??


Aphex Twin - Flim

Oh purée, ce son a 29 ans ?  au moins.  C'est marrant, il est sorti le 6 Octobre 1997. (je suis nulle en maths, mais c'est le jour...