lundi 10 août 2015

(The Story of) Espion

 DJ Mehdi - 2002


Qu'il est bon de se replonger dans des albums écoutés et adorés il y a perpète, au hasard d'une prospection dans les piles de disques pas classés , engourdis par le sommeil depuis trop longtemps..
Une ombre sans identité, bouillonnante d’ennui, colle ses extrémités aux murs d'une ville fantôme, crépitante de vide. L'haleine de ce mois d'Aout, moite comme jamais, la suit de près. C'est au détour d'un petit square inoccupé qu'elle aperçoit un banc délabré, à l'ombre d'un arbre fatigué, noueux. Une colonie de fourmi chill peinarde, au pied du tronc. L'ombre étale ses formes imprécises sur ce siège de fortune, savourant la fraicheur de l'endroit. Entre les contours de son esprit résonnent les morceaux d'un album tranquille et maitrisé, d'une générosité sans bornes. Au fil des tracks, l'animal qui l'habite oscille et modifie son squelette au rythme du saxo languissant, agitant ses pattes à la suite d'une série de beats rondouillards, ouvrant sa gueule d'MC cramé, posant ses textes subtils et éphémères, à l'aise d'un bout à l'autre de l'album.
Perdue dans ses pensées, l'ombre ne voit même pas l'astre qui disparait à l'horizon - sans faire de bruit, elle s'évapore dans les Ténèbres... 


samedi 20 juin 2015

Bave sur ma pochette ... mouillée

Teeth of the Sea - Orphaned by the ocean (2009)

Sous un amas d'altostratus bigarrés, s'étend une mer sombre et plate, impitoyable. 
La carapace trempée d'un chalutier qui chavire cache ce que l'on pourrait prendre pour une étendue sablée. 

Mirage? 

Poséidon, trahi par la croix à l'avant du bateau, a envoyé ses filles contre la coque - 
de leurs doigts translucides, les voilà qui tirent, inlassablement, le mastodonte vers les flots...

L'équipage, charmé par le chant des Sirènes, s'est depuis longtemps noyé 


mardi 16 juin 2015

Squeeze

Velvet Underground (1973) 



Arborant fièrement son symbole "branlette sur les nuages Toxic de la médiocrité", Squeeze dépucelle doucement les esgourdes. Guilleret et punchy du début à la fin, Yule ne lésine pourtant pas sur l'ironie. Pour peu que l'on tende ses tympans à l’extrême, l'évidence nous parviendra par bribes douces-amères : l'intro de Mean Old Man parle d'elle-même. Puis l'album est parcouru de breaks vicieux, qui s'imposent lorsqu'on s'y attend le moins, comme une bousculade par derrière, sournoise, entre deux nappes de grattes chauffées au soleil - d'ailleurs, le second morceau ne s'intitule-t-il pas Crash? Brutal et malsain , aussi fulgurant qu'une Chevrolet écrabouillée contre le tronc d'un jeune platane aux lignes courbes.

Planté au coin d'une rue sèche comme la bite d'un curé, Dopey Joe se crame une cigarette en tétant au goulot du bon vieux Jack. Les guitares se font plus grasses, comme pour souligner l'absence terrible de gonzesses, Yule, petit plaisantin, tu modules légèrement ton timbre de voix, hin? Tu veux nous faire croire que t'as du vécu, d'un coup, que tu piges mieux que nous?
Je vais te dire, mon pote, ptêtre bien que t'as raison.

De l'artwork aux coups secs de batterie, en passant par les titres des morceaux, ton album fouette la rasade sarcastique, celle qui est assez forte pour filer la nausée aux mauviettes mais d'une qualité si fine qu'elle saura contenter le reste.
Vieux pote, je fais partie de ce fameux reste, cadavres conquis, qui planent à chaque écoute. Du bout de la langue, je veux bien toucher ton building, là, pour goûter..

lundi 15 juin 2015

Jolie Môme d'une Nuit musicale

Dans les premières lueurs de l'Aube, le corps courbé vers la terre, j'attends, assis devant la salle, quelques amis encore à l'intérieur. 

L'air matinal, gonflé par les affres d'une nuit musicale intense, me fait du bien. 
Sur mon visage, dans mes cheveux, une légère brise dépose quelques conseils avisés. 
Quant aux Ténèbres, elles se sont retirées avec déférence, recroquevillant leur douleur à l'intérieur des corps , léchant leurs plaies comme le ferait une chatte blessée après une nuit de grabuge sans merci.  




Mes phalanges s'engourdissent, mon esprit tend à s'éteindre,
je suis à deux doigts de sombrer lorsque je l’aperçois qui sort de la salle. 
Virevoltant avec aisance sur le goudron, elle plisse ses deux grands yeux , scrutant dans ma direction. 
Ma gorge se serre, mes mains se couvrent de sueur; 
un moucheron malchanceux se retrouve prisonnier dans ma paume., englué dans l'acide liquide. 
La voilà qui s'approche de moi..

courage! 





samedi 30 mai 2015

Andrew Hung - Rave Cave (2015)

James arrache 2-3 billets froissés du portefeuille de sa mère et s'esquive par la porte de derrière. 
Les gouttes acides d'une pluie blasée l'accompagnent alors qu'il sautille d'un trottoir à l'autre. 

mission brocante , ultime est la quête , sacrée la procédure. 



Postée devant un stand qui sent le moisi, une grosse femme dont la tête est recouverte d'un chapeau en peau de bêtes, scrute les bibelots, tripote les livres en grommelant, le coeur durcit par trop d'années solitaires. Sa lourde main s'attarde sur un boitier noir, rongé par le temps : Space Attack 3000 . Du pouce elle caresse l'arête du jeu, plissant ses lèvres sèches, chatouillant l'idée d'acheter ce curieux objet.


Après un bon quart d'heure , la grosse dame repart avec un sachet rempli à raz-bord de câbles, manettes et autres instruments des temps anciens. Le vendeur se frotte les mains, il n’espérait pas se débarrasser aussi rapidement de l'encombrante marchandise.  




Arrivée au pied de son immeuble, la femme croise le regard du petit James, assis devant la porte, la morve aux lèvres. Le chenapan s'est fait choper à chouraver du flouze à sa daronne, le voilà puni.Non sans soupirer, elle l'invite alors à venir essayer le nouveau bidule, là, qu'elle a acheté. 
Le gamin passe sa tête au dessus du sachet 
son regard s'illumine, ses cheveux crépitent 
la galaxie n'a qu'à bien se tenir! 


EP toqué aux relents d'acides, Planes donne irrésistiblement envie de s'agiter, dans des bois au fond d'une cave contre un cadavre de vache fumant, peu importe, du moment que les décibels claquent .

mardi 12 mai 2015

3 morceaux pour .... renverser son thé dans un décoletté

Les jambes crémeuses croisées sous elle, la jolie môme entame un morceau entrainant. 
Les invités se réveillent, curieux d'entendre de quoi elle est capable. 

Les lèvres dansent-elles, au coin du feu enivré? 



D'un bout à l'autre de la pièce amusée, les mélodies se cherchent et s'attrapent, entrainant dans leur sillage les auditeurs, éberlués par tant d'audace. Un type un peu crâneur s’agenouille près de la musicienne, respire son parfum musqué puis l'accompagne en chantant doucement. 



Patience, petit amant ! 


La gamine aux yeux turquoise n'a pas fini son show, décale-toi un peu, laisse-lui la place pour étaler son instrument. Elle qui caresse sa guitare comme d'autres le corps de l'être aimé, sorte d'amour flétri, dernière étreinte? 







lundi 11 mai 2015

Fauna - Avifauna


 2012


La corolle éclatée d'une chouette effraie s'ébroue sur la pochette aux teintes de nuit. Ses plumes sombres chatouillent les bords du cadre, qui, traversé d'ondes discrètes, tord ses angles de plaisir. L'oiseau Ténèbres plante ses griffes dans l'écorce en vinyle du disque, prêt pour la chasse : ses ailes battent la mesure, tranchant vigoureusement l'air saturé d'insectes - éberlués, ces derniers zigzaguent (au hasard) par petits groupes, vomissant des cliquetis de trouille, écrasant leurs antennes contre les arbres, se télescopant dans la plus totale incohérence.
Brassant ces armées d'éphémères avec indifférence, la chouette prend son envol, laissant dans son sillage mille cadavres flottants, à peine trop légers pour retomber au sol..



Les membres de Fauna, à la manière de l'oiseau Roi, articulent leur disque autour d'un squelette nocturne monolithique, traversé de toutes parts par de multiples fulgurances : coups de griffes, , hurlements désespérés sur fond de distorsions enragées, l'atmosphère se veut sauvage, hostile. Pourtant, par-delà l’escadron de riffs sombres et obsédants, s'immiscent quelques rayons d'espoir. Une poignée d'accords d'une pureté cristalline humectent l'obscurité et répandent leur lumière , tout comme l'aurore avale la nuit, au compte-gouttes, sans se presser.



Soaring into Earth et ses pépiements d'oiseaux au goût ortie, pose les fondations végétales nécessaires à l'épanouissement du reste de l'album. N'hésitant pas à varier les plaisirs, le groupe invite violoncelles et voix féminines à venir partager leur mélancolie au hasard des portées, renforçant le côté mystique des morceaux.


Subtil et langoureux, Avifauna possède une aura démesurée de bête farouche, qui d'emblée nous happe dans ce monde onirique dont on ressort secoué, les membres couverts d'humus.
Avec un peu de chance, à la prochaine écoute, si l'on tend bien l'oreille, on entendra la chouette, revenue de sa partie de chasse qui doucement se blottit contre l'écorce, la mine fatiguée mais sereine d'être, à jamais, indomptée.


Aphex Twin - Flim

Oh purée, ce son a 29 ans ?  au moins.  C'est marrant, il est sorti le 6 Octobre 1997. (je suis nulle en maths, mais c'est le jour...