lundi 15 février 2016

tel un souvenir


Dans la chaleur d'une nuit aux crocs argentés


trois ombres rieuses s'installent au volant d'une voiture chourave à l'arrachée;

entre deux bouffées tièdes et d'infimes rasades , les voilà qui se trémoussent dans l'oeil avisé des feus de croisement. Sous les corps, le bitume avale goulûment les vibrations de leurs baskets contre ses lèvres.

La lune se repaît des soucis qui les empoisonnent à l'aide d'une longue paille invisible, plantée dans leurs crânes et qui monte jusqu'aux étoiles, vexées de ne pouvoir les rejoindre. 

Malaxé comme un morceau mouillé de chewing gum entre les dents d'un môme impatient , le temps s'ébroue au nez de kicks menaçants et brutaux, les mêmes qui font voltiger mèches et cheveux dans tous les sens . 

leurs pupilles brûlent d'une rage phénoménale au goût de cendre, petits morceaux volages qui, n'ayant plus rien à perdre, s'éparpillent au-delà des lignes tendres, à l'horizon, tracée par les relents d'un amour à jamais suranné.


jeudi 21 janvier 2016

space invaders - Dreadnought

Au moment où je me suis barré au volant de ma caisse, une drôle de vision m'est apparue.
toi, à poil sur un bouclier en bronze, les doigts perdus dans la fourrure d'ours étalée sous ton corps. 
On aurait dit que tu sortais de l'eau, ta peau étincelait, j'ai même glissé ma langue au-dehors pour tenter d'en lécher le sel - amère fut ma frustration. 
J'ai cligné frénétiquement des yeux, me suis sorti une bière de la glacière posée côté passager, et ai sifflé la canette d'une traite. Le moteur rugit, la tire a fait un bond en grommelant alors j'ai pressé la pédale aussi fort que j'ai pu, comme pour lui fermer sa gueule. Un rot malodorant s'est sauvé de ma gorge, éraflant mes lèvres au passage. 
Mes yeux me lançaient, et j'eus beau les frotter frénétiquement du bout des doigts, rien n'y fit. 
saloperie ! 

Aux abords d'un petit bois, je m'enfilai une seconde canette, non sans en verser un peu partout. 

"J'en ai plus rien à foutre! t'entends?? Plus rien à FOOOOUTRE!" braillai-je, au bord de l'explosion
"Je baptise le volant, salope, et si ça me chante, je me baptise même la bite, t'entends?"
Un oeil vissé sur le rétroviseur, je me tordais la peau des joues dans tous les sens. 
D'affreuses grimaces qui changeaient mon visage en tronc
et mes bras qui serpentent au dessus du volant, 
immatériels
à moitié morts de froid, les poils tortillés autour d'un totem de feu

poussière de coke mêlée aux larmes chaudes, j'avais une forte envie de pisser. 

J'ai stoppé la voiture à la tombée de la nuit, ai saisi la glacière, et suis allé me caler entre deux grosses pierres tombales, plantées au travers d'un petit chemin tremblant.

L'angoisse de me faire bouffer par des écureuils,
des fourmis plein les poches,
j'ai commencé à bouillonner, je me suis trainé jusqu'au coffre, ai saisi ma guitare, 

et suis allé me peler les doigts sur les cordes rêches de l'instrument, vomissant ma colère par delà les fougères, les pieds écrabouillant des tripotées de champignons qui éclataient en fumant. 

fertile journée d'hiver, quand tu m'as saisi , ce matin
j'ai cru déceler , entre tes paupières, un éclat rougeâtre , malsain

serais-tu là , en réponse à mes prières? 




 

lundi 11 janvier 2016

father, father, what have you done?


j'ai pas la force, d'écouter du Bowie, ce soir.
alors je me rabats sur des morceaux qui insufflent assez de rage afin de te faire craquer des phalanges et balancer des coups dans tous les sens, contre les murs, miroirs, mâchoires, à en faire saigner les étoiles qui cette nuit se recueillent à leur manière, en brulant de mille riffs et mélodies synthétiques, ébrouant leurs crinières à la barbe des sceptiques. 

R.I.P , Ziggy Stardust. 



samedi 26 décembre 2015

Suiyoubi no Campanella - Zipang (ジパング)

merveilleux, ce paysage.

De la lessive au bout du pouce, suçotée par deux lèvres sèches et la pointe d'une langue crevée des repas de fête,

"C'est un beau jour pour mourir" songe-t-elle.

La couette, remontée jusqu'au front, entrave sa respiration. Prévoit-elle d'arrêter totalement cet effort? Ses cheveux longs et gras, éparpillés en serpentins malodorants tout autour de son crâne lui chuchotent de drôles de choses, quant aux pointes , trempées de larmes, elles lui lacèrent le cou et le menton. Sur le coussin d'à côté, git son téléphone. Il lui reste peu de batterie, tant pis, elle le soulève à hauteur de ses yeux et navigue maladroitement sur un site musical, sans conviction.

Mais, au détour d'une immense liste en forme de journal-musical d'un autre utilisateur, son regard est attiré par l'image figée d'une vidéo. Son pouce s'écrase sur le triangle horizontal, le morceau commence, les Ténèbres prennent peur et déguerpissent sans bruit.

La vidéo miracle est celle d' マッチ売りの少女  (la dernière track de l'album)




charme frontal, sans compromis.
Souple et délicate, la chanteuse évolue à la manière d'un ange vaporeux, modifiant l'atmosphère des espaces qu'elle traverse par de simples éclaboussures de voix savamment distillées. En parfaite symbiose, les instrus s'autorisent quelques cabrioles, à l'image du saxophone bondissant qui débarque à 1:10, sous la douche avec elle, l'embouchure mousseuse contre ses omoplates, irrésistible.

Le break hip hop àlamode ne dérange pas la jeune fille. Au contraire, ça lui colle un sourire malicieux au coin des lèvres, d'un geste rapide, elle redescend la couette sur son ventre et commence à se trémousser légèrement.

Et l'album, que vaut-il?

Il est de la même trempe : décalé, soigné, improbable et généreux. À son écoute, elle a l'impression de mordre dans une part de tarte gazeuse et rebondie, qui promptement réchauffe le ventre, un peu comme l'artwork arc-en-ciel imprimé sur la boite du cd. Les morceaux ont du chien et n'hésitent pas à filer des coups de dents alentours, la queue frétillante et les babines humides de plaisir. 








Apaisée, la jeune fille s'est endormie au beau milieu de la deuxième écoute, reconnaissante pour l'éternité de cette découverte qui lui aura redonné espoir.





L'horreur

La sortie d'Hallucinogen Remixes aurait pu me combler d'une joie sans fin. 
Mordue par Rewind depuis des mois, j'avais (malheureusement) trouvé l'EP un peu mou du fion, sans pour autant me désintéresser totalement de la lady au teint bleu. 

Les oreilles décrassées, tournées vers mes enceintes, j'attends, pleine d'espoir. 


Je triche un peu en écoutant direct le premier remix de Rewind , par un certain Mc Bin Laden... 
bordel, c'est quoi cette MERDE??? le type qui gueule, là, il s'est cru où??? Exit la finesse et la langueur, accueillons à bras ouverts la brutalité débile et agressive d'un connard en manque de pétasses de la nuit. On se retrouve propulsé en plein milieu d'une piste de boite de nuit labellisée bolosses,  Kelela se trémousse comme elle peut sous les regards carnassiers de types en rut complètement foncedés, le whisky leur pend aux lèvres, elle se prend une main au cul toutes les 30 secondes, l'espace est bien trop réduit et puant pour qu'elle y évolue avec grâce, dégage!

la suivante est à peine meilleure. Il joue plus sur l'ambiance aquatique de l'instru original, cé biiiiien, mais n'apporte que dalle au morceau. Donc à quoi bon? 

oublions Rewind, d'tfaçon l'original se suffit à lui même, il tangue sur une brèche démentielle, oscillant entre rnb chaud du pantalon et une fragilité féminine poussée à son extrème. 

Que valent les autres remixes? bah c'est pas glorieux. Air Max 97 se contente d'ajouter une poignée de coco jambo (oui, c'est ainsi que j'appelle les sonorités exotiques direct sorties d'une jungle amusée) à All the Way down, c'est pas inécoutable, mais c'est très vain. 

The High devient carrément inécoutable, à croire qu'ils étaient tous sous champis lorsqu'ils ont... aaaah mais voilà. 

brillant concept, merci, Warp. 



 

lundi 21 décembre 2015

Top 2015 : Bave sur ma Pochette

Les plus folles-canons-délicieuses pochettes de cette année.






Dorothy en route pour le fantastique pays d'OZ




Cet homme au regard dense semble sur le point de dire quelque chose. C'est à voix basse qu'il lâchera une poignée 
des mots feutrés, noircis de mélancolie, qui iront se fracasser sur les contours de la pochette. superbe



manque plus que la petite giclure de miel sur le bout de la truffe.
L’élastique qui se tend entre tes doigts exquis me rappelle un jeu 
de mon enfance, abandonné depuis trop longtemps. Une partie?





TOP 2015 : Les meilleurs morceaux

(en bas, en rouge, les liens :) ) 


Adderall/ Sold (outerlude) - Dawn Richard

je fonds pour les tracks "2 en 1" . Les paroles de la première partie, couplées au rythme fou de la deuxième m'aspirent et me caressent, me laissant une traînée de plaisir le long de ma colonne. truc de fou!



To Live and Die in Grantham - Clark

la gueule en vrac d'avoir trop consommé, l'estomac vide depuis des jours , l'ombre du mec déambule sous les rayons du matin, pressé d'en finir avec l'aurore. montée désespérée venue des limbes qui se taille un passage à gros coups de synthés étranglés.  




Rewind - Kelela 

L'EP a beau m'avoir déçue, cette track, par contre, je suis pas prête de la laisser moisir. Rien que pour l'instru, aquamystique, qui se déploie en douce sous une couche de brume laiteuse, j'offre la moitié des cd achetés cette année au premier péquin venu. Pour le passage à 2:30, je vends mon âme. Vous êtes prévenus!


Jackrabbit - San Fermin

petit lapin, pourquoi fuis-tu? 



Borders - M.I.A.

Quand le RnB fait l'amour au Reggae sur un matelas portés par 2 éléphants gorgés de lave et sirupeux, M.I.A brule tout sur son passage.


Stoke the Fire - Darkstar 

paumé entre une poignée de tracks chiantes comme la mort, Stoke the Fire hisse sa simplicité catchy en quelques coups de canifs bien placés. En plus, je trouve le clip génial. 






Sodawaltz - Ms John Soda
Sodawaltz ondule sur la brèche d'un gouffre aux dents de cuivre, porté par un élan emprunt d'une féminité folle, qui jamais ne s’essouffle. Bref (moins de 3 minutes!) et pourtant , abouti jusqu'aux étoiles.


Wildfire Part 3 - Cinder
Le feu qui détruit tout en guise de territoire et l'Acid comme arme de destruction massive au bout des doigts, Cinder se joue de nous et lâche, en plein milieu d'un album déconcertant, cette track qui calcine tout sur son passage. Je l'ai probablement écoutée 303 fois depuis sa sortie, pourtant, elle me fait toujours autant d'effet. 


Fortune 500 - Everything Everything
Cette track me dépasse à bien des niveaux. Que ce soit la voix, qui côtoie les cimes éternelles, ou les instrus intrusifs qui déchargent leur colère dans tous les recoins des portées.. On touche à un truc quasi divin là, défonce totale!


Human Race - R23X 
humer la vapowave à l'embouchure d'un appareil venu tout droit du futur, les genoux à terre, les narines frétillantes. Voilà ce que ce morceau me donne envie de faire. Tout en me faisant masser le dos par une jolie cyborg aux cheveux noirs. oui

Fourth of July - Sufjan Stevens 
Par souci de contradiction, je n'ai écouté qu'en décembre l'album de Sufjan Stevens. Lorsque Fourth of July est passée, les légions de nuages laiteux ont littéralement accouché d'une boule de lave bouillonnante qui s'est mis à déverser ses rayons dans tous les sens, redonnant vie et couleurs au tableau de la vie hivernale, terne et déprimé. Juré!

Under the Pillow - Riverside
D'une simplicité confondante, et pourtant, fallait l'inventer. J'ai l'impression d'avoir 15 ans en boucle, avec cette chanson. Y'a ce qu'il faut d'insolence, aussi. 

Search Team - LiL JaBBA
boom boom boom boom

Sicko - Rex The Dog
si j'étais un chien, j'irais pisser sur tes pompes 


Lorsque je mets ce morceau en voiture, la route se transforme en canyon pavé de cadavres, mes roues sont de feu, mon regard brouillé par l'énergie des grattes furibondes transperce l'horizon en flinguant tout. Jamais été en retard au travail, comme ça, nickel. 


Black Jacobins - Rizzla 
L'ambiance de cette track rappelle le Néant qui gémit, qui se tord et implore un Pardon inatteignable. Et les voix qui fusent du fond des enceintes, tranchant l'air de leurs décibels libérées... ça me colle des frissons! 


en vrac :

Injury Reserve -Washed Up 
Marie Davidson - Insomnie

Luther - Shelf (2026)

Nuit de mi-septembre 2026, on suffoque encore sous les journées écrasantes de chaleur, humeur grise. En slip sur le canapé, le coeur farci d...